Illustration, Tatouage, Apocalypse et Coloriage

Le projet Habib Bourguiba

Sabah el-khir la Cabane ! Aujourd’hui on s’envole vers la Tunisie, pour parler d’une des grandes figures de l’indépendance : Habib Bourguiba.

Comme je vous en parlais dans cet article, Ahlem Mahmoud Driss des éditions Céli nous a contactés, avec le camarade Vielo, pour illustrer une biographie tout public de Bourguiba qu’elle a écrit.

Ce projet est aujourd’hui terminé ! C’était intense mais très instructif, car très loin de ma zone de confort, et des thèmes que j’aborde habituellement. Heureusement, on a pu mettre à profit notre expérience précédente sur Je suis dyslexique

Je vous propose dans cet article un petit aperçu de notre processus de création.

Ahlem était en Tunisie, Olivier en France métropolitaine et moi en Guadeloupe. Nous avons donc beaucoup échangé par Whatsapp, ce qui nous a permis de partager les idées, en tenant compte des différents fuseaux horaires. Globalement, on échangeait surtout le matin (pour moi), je dessinais pendant la journée, j’envoyais les croquis le soir et le lendemain j’avais des retours.

Pour commencer, je me suis penché sur le texte d’Ahlem et je l’ai découpé pour avoir des doubles pages cohérentes. On a du faire quelques allers-retours, car il y avait beaucoup de texte, et nous avions pour consigne de rester sous la barre des 30 pages. Finalement tout est rentré, et on a eu une première idée du format de l’ouvrage.

Puis, pour chaque double page, j’ai esquissé de rapides compositions en mode “post-it”, volontairement peu détaillées, mais en essayant de mettre un maximum d’intentions. Plus le temps passe, et plus j’apprécie cette méthode.

  • Composer à petite échelle, type post-it, pour avoir une bonne idée des masses et du mouvement
  • Lister les intentions, les idées en vrac, les éléments importants à intégrer
  • Agrandir le croquis et faire un crayonné assez détaillé
  • Encrer, colorier, texturer, etc.

Ça me permet d’éviter de me perdre dans les détails et de donner beaucoup plus de force à la composition.

Les deux images ci-dessus montrent le projet tel qu’imaginé initialement. On peut voir qu’il y avait vraiment des grands blocs de textes sous certaines pages, mais au fil du projet on a pas mal réorganisé.

Passé ce travail préliminaire, on a déterminé une méthode de travail. Initialement, je voulais qu’on travaille à deux sur chaque illustration. Par exemple un sur le fond, l’autre sur les persos, ensuite le premier sur la couleur, etc. Rapidement on s’est rendus compte que ce serait trop chronophage : Vielo et moi n’avons pas les mêmes horaires, ni les mêmes contraintes hebdomadaires. Si j’étais resté sur l’Hexagone ça aurait peut-être fonctionné, mais à 8000 km de distance, il a fallu simplifier.

On s’est donc plus simplement partagé le projet, puis chacun a fait “ses” pages, tout en faisant des retours à l’autre, le tout sous l’œil bienveillant mais exigeant d’Ahlem.

Ce projet a été pour moi l’occasion d’expérimenter pas mal de chose d’un point de vue graphique. Sur l’image ci-dessus par exemple, il fallait représenter le décès de la mère, et la famille en deuil : une scène marquante de la vie du jeune Habib. Il y a quelques années, j’aurais peut être représenté les choses de manière plus littérale, posé ma “caméra” dans un coin de la pièce et dessiné une scène complète. Mais je pense que le choc aurait été moins important.

Un autre exemple est cette scène en prison. Là aussi j’ai volontairement épuré l’image pour augmenter le sentiment d’isolement et d’enfermement. Disséminées tout au long du livre, au milieu des autres illustrations plus classiques, ces planches m’ont permis de mettre l’accent sur des moments déterminants dans le parcours de Bourguiba.

Sur d’autres planches, j’ai joué sur les éléments de décor pour mettre l’action en valeur. Sur l’image ci-dessous, Bourguiba s’adresse à une foule. Plutôt que de représenter chaque visage et chaque personne séparément, ce qui aurait réduit la présence de l’orateur, j’ai préféré une foule anonyme, et travailler sur les teintes pour créer de la profondeur.

Concernant les teintes, d’ailleurs, la palette était volontairement restreinte. De mon côté, j’utilisais principalement le rouge de la chechia tunisienne, repris pour les drapeaux, quelques nuances de bleu, des gris du noir et du blanc. Vielo lui a ajouté des teintes d’ocre, de doré et de vert. Au final cette alternance de teintes et de style visuel entre les pages a créé un rythme plutôt intéressant.

Il est temps pour moi de vous laisser en compagnie de cette double page sur l’émancipations des femmes, et de vous dire à bientôt ! Si vous souhaitez vous procurer le livre, il est disponible aux éditions Céli

PS : je prépare une refonte du fonctionnement du site (je trouve que ce n’est pas optimal d’arriver directement sur le dernier article). Je pense à une page d’accueil avec une belle illustration et un petit texte, et des liens vers les différentes sections. Je ferai un petit billet dès que ce sera prêt. Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à me les laisser en commentaire.

A très vite !


Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *